Boire la vie cul-sec
L’existence est une farce tragique dont on ne savoure vraiment le punch que lorsqu’on connaît la chute.
Alexandra Diaz a allumé une mèche: elle s’aime plus fort depuis qu’elle est à risque. Je la rejoins dans ce brasier, mais avec une nuance d’une élégance proprement cruelle. Elle, elle mise sur la rédemption des cellules. Moi, je danse avec la CADASIL. Pas de remède, pas de miracle, juste une horloge interne qui fait de la haute vitesse vers le néant.
Alexandra Diaz a allumé une mèche: elle s’aime plus fort depuis qu’elle est à risque. Je la rejoins dans ce brasier, mais avec une nuance d’une élégance proprement cruelle. Elle, elle mise sur la rédemption des cellules. Moi, je danse avec la CADASIL. Pas de remède, pas de miracle, juste une horloge interne qui fait de la haute vitesse vers le néant.
On me prédit la soixantaine comme on prédit un orage: soit je m’effondre d’un AVC, drette sec, comme une ampoule qui pète, soit je glisse doucement vers cet état de légume de luxe où la mémoire fout le camp.
C’est un scénario d’une précision chirurgicale. Un jour, l’effaceur de tableau passera sur le visage de Xavier, et je ne saurai plus que ce fils est le mien. Un jour, les jokes de mon chum, ces bijoux d’absurdité qui sont le sel de ma vie, ne seront plus que des bruits de fond, des échos sans sens dans une tête vide. L’aide médicale à mourir est là, comme une promesse de sortie de secours avant que la pièce ne devienne trop laide.
Mais d’ici là? Maudit que j’ai du fun.
- Le temps n'est plus du change de poche, c’est de l’or pur. Je ne le dépense pas, je le flambe.
- Savoir qu’on a une date d’expiration étampée dans le cerveau, ça décrasse les priorités. Je n’ai plus de temps pour l’insignifiant, pour les politesses de façade ou pour les regrets préventifs.
- Chaque fois que je ris aux éclats avec mon chum, c’est un hold-up contre la fatalité. Chaque seconde de lucidité avec Xavier est une victoire volée au destin.
Je ne vis pas dans l’attente de la mort, je vis dans l’insurrection du plaisir. Je suis comme le sirop d’érable au fond de la canne: c’est là que c’est le plus sucré, juste avant que ça finisse. Ma vie est un cocktail explosif de CADASIL et de pur bonheur, et je compte bien le boire cul-sec, avec un sourire en coin, jusqu’à ce que la lumière s’éteigne.




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