La grande Messe du «moé, c't'année...»
Le 31 décembre à minuit moins une, c'est l'épiphanie de la poutine. On est là, pognés entre le désir d'être une œuvre d'art intemporelle et l'envie de finir le pot de crème sure avec nos doigts. C’est une tragédie grecque qui se joue dans un sous-sol qui sent le sapin sec et le p'tit gin.
On se regarde dans le miroir de la salle de bain, tsé celui avec la lumière cheap qui te donne l'air d'un figurant dans un film d'horreur, et on se dit, avec l'assurance de quelqu’un qui vient de gagner deux piastres au gratteux: «Check-moé ben aller.»
Le cirque de la volonté
C’est le moment où le vocabulaire change. On ne prend plus de résolutions, on se lance des défis. On devient des athlètes de salon.
L’entraînement: On s'inscrit au gym comme si on entrait au couvent. On s'achète des espadrilles à deux cents piastres qui flashent plus que les lumières du pont Jacques-Cartier. On se dit: «J'vas avoir des abdos tellement découpés que j'vas pouvoir râper mon fromage dessus.» On est fiers. On est beaux. On est... on est crinqués au coton.
La bouffe: C’est fini la tourtière pis les boulettes. On dompe les sacs de chips dans la récupération avec un dédain aristocratique, comme si c’était des péchés mortels. On s'achète du tofu. C'est blanc, c'est mou, ça goûte rien, mais on le regarde avec une intensité mystique. On se sent pur. On se sent clean. Jusqu'à ce qu'on réalise que c'est du carton mouillé pis qu'on a juste le goût de se pitcher dans une boîte de beignes.
L'ivresse du vide
Boire du mousseux dans des flûtes en plastique, c’est l’acte le plus métaphysique du Québécois. C’est essayer de faire semblant qu’on est à Versailles alors qu’on a les pieds dans la gadoue ou le cul sur du verglas. On s'embrasse, on braille un peu, on se dit qu’on s’aime. C’est beau, c’est touchant, c’est quasiment insupportable de sincérité.
Mais dans le fond de notre tête, y’a la petite voix qui nous chuchote: «Eille, le grand/la grande. Profites-en. Parce que demain matin, t’as une haleine de vieux renard pis ton abonnement au gym, tu vas l'oublier plus vite que ton nom de famille.»
Conclusion: La Sainte-Flanelle de l’âme
On est des champions de l’espoir. Chaque année, on se garroche dans le vide en espérant que nos ailes vont pousser avant de frapper le plancher des vaches. On est pathétiques, mais on est magnifiques dans notre entêtement.
C'est ça, le réveillon: une grosse dose d'orgueil mal placé mélangée à une envie sincère d'être moins jambon. On se donne une tape dans le dos, on ajuste notre toupet, pis on fonce dans la nouvelle année en espérant que, pour une fois, on va tenir nos promesses plus longtemps que le temps que ça prend pour que la neige fonde sur nos bottes.



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