Le chihuahua: tyran de poche

 

L'existence du chihuahua. Voilà une énigme que même les plus grands penseurs de l'humanité n'ont jamais su débroussailler. On nous l'a vendu, la bête, comme un chien. Une coquille vide, un artifice lexical. Le chihuahua, mes chers, n'est pas un chien. C'est une manifestation miniature de l'ego divin, un Minion de la première heure qui a pris racine dans le terrier douillet de nos travers.

Imaginez. Un animal, dont le poids rivalise avec celui d'un sac de lait périmé, mais qui, en son for intérieur, est convaincu d'être la réincarnation d'un ours noir affamé, prêt à déchiqueter le livreur de pizza d’un regard acéré. C'est ça, le chihuahua. Une tempête dans une tasse à café, un ouragan de tremblements qui, par un caprice céleste, a élu domicile dans un corps à peine plus gros que ma main.

Ce petit pisseux a un égo qui ferait pâlir d'envie le plus fier des hockeyeurs sur la glace du Centre Bell. Il nous regarde avec ses yeux de bibittes et nous, simple humain, nous y lisons de l'amour. Ah! Doux naïf! Ce n'est point de l'amour, mais un impérieux rappel à l'ordre: «Ouille! Mes croquettes sont tièdes, mon coussin n'est pas assez mou et, surtout, notre existence est un affront au silence que je tente d'instaurer dans cet apparte de misère.» Le chihuahua, c'est le dictateur miniature qui règne sur votre canapé, et par extension, sur votre âme.

Son thermostat interne? Un joyeux bordel. Il tremble. Toujours. Est-ce le froid du Québec qui a traversé sa peau fine comme une feuille de papier de riz? Est-ce la joie de nous voir plier à ses moindres caprices? Ou est-ce simplement un bug dans la matrice, un mauvais câblage divin qui le fait vibrer comme un cellulaire sur le mode silencieux perpétuel? Nul ne sait. La seule certitude, c'est que ce tremblement est une arme. Une arme pour nous culpabiliser de ne pas avoir mis assez de doudous sur lui, même en plein été.

La théorie du Minion, celle de ma feue Lady, n'est pas une fantaisie. C'est une révélation. Les créateurs de ces petites créatures jaunes ont dû, forcément, cohabiter avec une Lady. Ils ont vu la même détermination dans le regard, la même propension à semer le chaos avec une adorable innocence, la même voix de canard quand elle réclame sa pitance. Et cette loyauté... Ah, la loyauté! Il nous vouera une dévotion sans bornes, tant que nous lui offrons son dû: le trône du foyer, l'exclusivité de nos genoux et la certitude que toute vie autour de lui est un dommage collatéral acceptable.

Le chihuahua, en somme, est un chef d'œuvre de la contradiction. Une créature qui nous méprise cordialement tout en exigeant d'être collée à nous comme une sangsue à une patate. Un génie maléfique de la manipulation, déguisé en boule de poil tremblotante. Et c'est précisément ce qui le rend irrésistible, n'est-ce pas? On en redemande, de ces petites bêtes féroces qui nous remettent à notre place, humblement, un aboiement strident à la fois.

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