Petit traité sur l'urgence de s'aimer avant de servir d'engrais


Coudonc, t’as-tu fini de faire ta mijoteuse? Y’a une espèce de lâcheté métaphysique (ouais, j'utilise des grands mots parce que c'est le fun) à repousser à demain la pelle que tu pourrais rouler drette là. C’est d’un ennui mortel, pis oserais-je dire, c’est
quétaine en simonaque. On s’imagine, dans notre arrogance de mammifères qui se pensent plus fins que les autres, que le sablier est un silo à grain infini. On prend notre temps, on fait nos frais, on se regarde le nombril comme si c’était le centre de l’univers. Mais la réalité, c’est une volée de bois vert: la mort, c’est une matante baveuse qui va te débrancher sans te demander si t’as fini ton tour de piste.

Comme le dit si bien la sagesse de taverne: vaut mieux se frencher solide de suite que d’attendre que les asticots fassent un all-you-can-eat avec ton cadavre.

Sérieusement, ces p’tits invertébrés-là, ils ont aucune distinction. C’est des technocrates du néant, des p’tits comptables de la décomposition qui comprennent rien à l’esthétique d’un baiser. Pour eux, ton cœur, c’est juste une source de fer pis de protéines, pas un poème de Miron. Pourquoi tu voudrais attendre d'être rendu au bout de ton rouleau de papier de toilette pour devenir un buffet à volonté?
Pis parlons-en, de la fin. Finir entre quatre planches de plywood, c’est un manque de goût flagrant. C’est le sous-sol pas fini de l’existence. C’est raide, c’est étroit, pis le service aux chambres est inexistant. C’est le grand mute éternel, l’absence totale de poutine pis de sacres bien sentis. Mais le bout de la marde, c’est le bouquet de fleurs en plastique. Quelle infamie de polymère!

Imagine-toi, gisant là, décoré.e avec des marguerites qui sentent le pneu neuf du Canadian Tire. Une immortalité de Dollarama qui ramasse la poussière de l’éternité pendant que toi, t’es même plus là pour sniffer le parfum d’un vrai lilas.

S’aimer drette là, c’est un acte de rébellion. C’est donner de la job à ton cœur pour pas qu’il devienne un snack pour des larves mal élevées. Au Québec, on sait que l’hiver c’est une petite mort qui radote; alors on se colle, on s’aime avec une ferveur de condamnés qui ont trouvé une 24 de Blue tablette.

Regarde-toi aller: t’es là à calculer tes chances comme un actuaire de chez Desjardins pendant que l’horloge fait tic-toc dans ton dos. Un jour, tu vas te réveiller dans le grand condo d'en dessous, le chest en plein milieu d’un salon funéraire qui sent le vieux Lysol pis le désespoir de salon de coiffure de région. Tu seras là, le teint gris comme un ciel de novembre sur la 40, pogné entre un collègue que t’aimes pas et qui te reconnaît pas pis une cousine qui check son cell en attendant le buffet de sandwichs pas de croûte. Tu vas avoir l’air fin.e avec ton cœur tout neuf, tout propre, jamais servi, pendant que les asticots se préparent à faire le party de l'année dans ta cage thoracique. Frenche. Frenche, avant que ta seule amante éternelle soit une marguerite en nylon qui ramasse les poils de tapis.


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