Ce n’est jamais juste un foulard: Du corps féminin comme terrain moral - entre religion, État et regard masculin
Suite à la lecture de ce texte d’un jeune homme de 21 ans très articulé:
Le hijab : un choix personnel?
Le vrai nœud, faut arrêter de le contourner.
Le corps féminin est encore traité comme un terrain moral collectif.
Un espace à baliser. À corriger. À surveiller. À commenter.
Le corps féminin est encore traité comme un terrain moral collectif.
Un espace à baliser. À corriger. À surveiller. À commenter.
Le couvre-chef religieux féminin n’est jamais neutre. Jamais.
Il peut être vécu comme un choix intime, sincère, habité - oui.
Mais il est toujours né d’un système.
Un système qui observe le corps des femmes avec une loupe, pendant que celui des hommes passe en arrière-plan, tranquille, jamais sommé de se justifier.
Qu’on parle du hijab, du tichel, du mitpahat, du sheitel, de la perruque « modeste » ou du foulard bien placé, le geste est identique : déplacer la responsabilité.
Si le regard déborde, ce n’est pas au regard de se tenir.
C’est au corps féminin de se rabattre.
Voilà la logique fondatrice.
Vieille. Sexiste. Tenace.
On couvre la femme non pas parce qu’elle est dangereuse, mais parce que le désir masculin serait ingérable. Alors on inverse la faute. On transforme la femme en pare-feu moral. En solution à un problème qu’elle ne crée pas. C’est une sexualisation asymétrique : on sexualise le corps féminin par défaut, puis on le punit pour cette sexualisation qu’on lui impose.
Maudite qu’elle est efficace, cette mécanique-là.
Cela dit - et c’est là que ça dérange tout le monde - interdire le hijab à coups de lois sèches n’est pas une libération non plus. C’est une autre forme d’autoritarisme. On remplace une contrainte par une autre. On ne rend pas les femmes libres : on les pousse hors du champ social. On les exclut de l’école, du travail, de la place publique. On les enferme autrement.
Dans les deux cas, ce sont toujours les femmes qui paient.
Et arrêtons aussi l’hypocrisie confortable : le hijab n’a pas le monopole de l’oppression. Les sociétés dites libres font exactement la même chose, mais avec le sourire.
Ici, on ne dit pas aux femmes de se cacher.
On leur dit de se montrer.
Mais correctement.
Sexy, mais pas vulgaires.
Désirables, mais pas trop visibles.
Minces, jeunes, lisses, performantes.
Libres - à condition de rester consommables.
Même logique.
Même dépossession.
Autre costume.
Le corps féminin demeure un territoire réglementé. Trop couvert, il inquiète. Trop découvert, il provoque. Jamais juste à elle. Toujours sous évaluation collective. Toujours en procès.
Et le gouvernement québécois n’y échappe pas. Quand l’État débat plus du linge des femmes que du prix réel de leur désobéissance - sécurité, isolement, précarité - il participe au même système. Il remplace la morale religieuse par une morale civique, mais conserve l’idée centrale : le corps des femmes doit être administré.
Le vrai scandale n’est pas le foulard.
Le vrai scandale, c’est qu’en 2026, une femme doit encore négocier le droit d’exister sans justification.
La vraie question n’est pas : a-t-elle le droit de porter ça?
La vraie question est beaucoup plus brutale : que lui arrive-t-il si elle refuse d’obéir?
Tant qu’une femme paie un prix pour être visible sans permission - que cette permission vienne d’un dieu, d’un État ou d’un marché - on ne parle pas de liberté.
On parle de domination organisée.
Et de notre capacité collective à l’appeler autrement pour mieux dormir.



Réflexion super intéressante. Merci
RépondreEffacerEt toi qu’est-ce que tu en penses?
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