La géographie du dedans : quand l’air circule enfin

C’est en lisant chloro-com’#8 —changer sans se trahir de 1er copy végétal que ceci existe ici astheure!

On nous a menti sur le passé. On nous l’a présenté comme un bloc de ciment, une dalle coulée dans le pergélisol de nos regrets. Mais j’ai compris, avec le temps qui décante, que le passé n’est pas une pierre: c’est une maison. Et dans cette maison-là, on a trop souvent l’habitude de rester assis dans le noir, à fixer la porte d’entrée en attendant un visiteur qui ne viendra plus.

Pourtant, la structure ne bouge pas. Les fondations sont là, enfoncées dans la terre glaise de notre enfance. Mais si tu décides de te lever, de t’en aller vers la fenêtre au lieu de fixer le verrou, l’histoire change de visage.

Regarder sa vie par la fenêtre, c’est accepter le vertige de la hauteur. C’est là qu’on la voit, la cicatrice. Elle barre le paysage de la peau comme une rivière qui a décidé de sortir de son lit.
  • Le premier regard: C’est la blessure. C’est le "sacré dégoût" de l’accident, le rappel de la chute, le goût de métal dans la bouche. On se sent victime de la gravité.
  • Le deuxième regard : Tu décales la tête d'un millimètre. Soudain, le soleil tape sur le tissu cicatriciel. Ce n'est plus une déchirure, c'est une couture. C’est la preuve biologique que tu as survécu à la tempête. La cicatrice n'est plus un échec de la peau, c’est son chef-d’œuvre de résilience. Ton regard a cessé de boiter ; il marche droit vers l'horizon.

Parfois, la porte d’entrée est bloquée par la neige de l’amertume. Alors, on passe par la porte de secours. C'est le chemin des humbles, celui qui sent bon le bois mouillé et la patience.
C’est là qu’on rencontre le silence. On l’a longtemps pris pour un mur de briques, un refus de parler, un vide intersidéral. Mais en l’écoutant "de côté", avec cette oreille attentive que les vieux nous ont léguée, le silence change de nature. Ce n’est plus une fin de non-recevoir. C’est une phrase inachevée
. C’est un espace que la vie nous laisse pour qu’on puisse y broder nos propres mots. Le silence, c’est le terreau où les racines poussent sans faire de bruit.

Changer d’angle, ce n’est pas de la petite magouille de mémoire. Ce n’est pas mentir, ni se conter des fleurettes pour se rassurer. C’est de l’architecture intérieure.

On ne démolit rien. Le malheur a eu lieu, la joie a éclaté, les deuils ont fait craquer les planchers. Tout est là. Mais quand tu ouvres la fenêtre et la porte de secours en même temps, tu crées un courant d'air. Et c’est cet air-là, ce souffle neuf, qui dépoussière les cadres.

«Ce que t’as vécu ne s’efface pas; ça se repositionne.»

On finit par voir notre propre enfance sans se faire écraser par le poids du plafond. On réalise que la maison est habitable, finalement. On s’assoit dans la cuisine, on regarde la cicatrice sur notre bras comme on regarde une vieille carte géographique, et on se dit : « Chose bionne, on est encore là. »



Dans mon dictionnaire imaginaire, Quand on dit «Chose bionne, on est encore là», on exprime une sorte de gratitude joyeuse et un peu rustique.
C'est comme dire: «Regarde ça, malgré tout ce qui nous est tombé sur la tête, on respire encore, on est ensemble, et c'est ça qui est le plus important.» 
C'est la conclusion parfaite pour quelqu'un qui a cessé de voir son passé comme un fardeau pour le voir comme un voyage qui l'a mené jusqu'ici.


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