L’art de la ranceur: Entre le sacre et la plume
D’abord, il y a la sortie de piste. Le sacre ne sort pas comme un cri, mais comme une ponctuation nécessaire, une entaille dans le vernis de la politesse. Je laisse savoir ma frustration avec la précision d’un scalpel: c’est sec, c’est frette, et ça laisse l’interlocuteur avec l'impression d'avoir mordu dans un citron givré.
Puis vient la bouderie, cette retraite stratégique dans ma bulle. Je me retire dans un silence de rang de campagne en plein mois de janvier. C’est la phase de la porcelaine fissurée: tout a l’air calme, mais si tu touches, tu te coupes. Je laisse l’autre mariner dans son jus, observant avec une curiosité presque entomologique ses tentatives maladroites de rédemption.
Mais le véritable danger réside dans l’après. Je souris, je dis que c’est correct, je reprends du café. Mensonge. Rien ne s'efface; tout se transpose. Ma mémoire est une voûte de béton où chaque offense est classée par ordre chronologique.
«Je ne pardonne pas, je documente.»
C’est là que j’écris. Je prends tes torts et je les transforme en prose. Je te passe à la moulinette de mon stylo pour que ton insulte devienne une métaphore, pour que ta gaffe soit immortalisée dans une phrase bien fignolée. J'écris pour t’empailler dans mon récit. Une fois que tu es couché sur le papier, figé entre un point et une virgule, tu ne peux plus me faire de mal. Tu deviens un personnage de fiction, et là, enfin, je possède la fin de l’histoire.
Toutefois, dans le contexte ici, on pourrait presque voir la «ranceur» comme un néologisme poétique:
- Rancœur: L'amertume que l'on garde après une déception.
- Rance: Ce qui a mal vieilli, ce qui a pris une odeur forte et désagréable à force de rester trop longtemps dans un bocal.
Le mot «Ranceur» devient alors l'art de laisser mariner sa rancœur jusqu'à ce qu'elle devienne assez acide pour mordre le papier. C'est l'amertume qui a vieilli en fût de chêne ou dans un bocal Mason, pour rester dans le ton québécois!



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