Le goulot ou l’Évangile de la sainte-paix
Inspiration de Mme Bonheur pour
@EnRouteVersLeBonheur@qlub.socialÉcoute-moi bien, là: y’a une sorte de noblesse dans le gosier qui a soif, pourvu qu’on l’étanche avec la précision d’un tireur d’élite. Comme les frangins le diraient si ils avaient déjà bûché leur bois (c’est drôle de les imaginer faire ça!): le liquide, c’est un petit dieu jaloux. Transvider l’eau claire dans un verre, soit cet espèce de bibelot bourgeois qui ramasse la poussière sur la tablette, c’est rien de moins qu’un sacrilège de logistique. C’est de la politesse pour les mouches. C’est mettre une clôture entre ton envie pis ton bonheur, une cassure dans l’absolu.
Mais mon ami Jean me disait tout l’temps: «L’eau qui voyage de chaudière en chaudière finit par perdre son goût de frette.» En flushant l’étape du verre, tu respectes le chemin de la source. C’est du gros bon sens: pourquoi tu salirais de la vaisselle quand le bon Dieu t’a donné un dalot direct? C’est l’écologie de l’âme, ma p’tite chinetoque. On gaspille pas l’eau de la planète pour rincer un contenant qui sert juste à faire beau dans le buffet.
Téter le goulot, c’est frencher la bouteille comme on frenche une vérité: d’une seule traite, sans niaisage. C’est le court-circuitage de la bienséance pour sauver ta peau. On s’abreuve pas, on fusionne. On optimise l’ingestion comme un vieux sapin qui boit la rosée: avec une patience de loup pis une efficacité qui se sacre pas mal des manières de table.
Le verre, c’est une chaîne aux pieds; le goulot, c’est l’autoroute. Dans ce geste-là, l’humain retrouve son instinct de floune, celui du bébé au sein ou du gars qui revient de la fauche pis qui sait que chaque goutte compte. Le temps que tu perds à verser, c’est du temps que tu voles à ta propre vie.
Mais attention, là: tout n'est pas rose dans le royaume du goulot. Arrive toujours ce moment de vérité, la finale de la symphonie, où le liquide se fait rare. C'est là que la tragédie de l'existence te pète au visage: le dernier fond de bouteille. C’est le résidu de l’absolu, l’eau qui a pris le bord du chemin pis qui est devenue tablette.
C’est une épreuve pour l’âme, comme dirait la Germaine après une coupe de vin de dépanneur de trop. Cette eau-là n'est plus frette comme le cœur d'une banquise; elle est tiède, plate, elle a le goût du plastique pis de la défaite. Mais mon oncle Boucar Diouf (j’aurais aimé qu’il le soit!), lui, il te dirait en riant: «Même l'eau la plus chaude finit par éteindre le feu qui te brûle le dedans.»
C’est une épreuve pour l’âme, comme dirait la Germaine après une coupe de vin de dépanneur de trop. Cette eau-là n'est plus frette comme le cœur d'une banquise; elle est tiède, plate, elle a le goût du plastique pis de la défaite. Mais mon oncle Boucar Diouf (j’aurais aimé qu’il le soit!), lui, il te dirait en riant: «Même l'eau la plus chaude finit par éteindre le feu qui te brûle le dedans.»
C’est là que le courage embarque. Boire ce dernier pouce d’eau tiédasse, c’est pas une partie de plaisir, c’est un acte de dévotion. C'est accepter que la perfection n'est qu'un passage pis que la fin de toute chose a un petit goût de caoutchouc. On l’envoie d’un trait, sans broncher, parce que même si elle est tiède, c'est elle qui te permet de fermer le livre pis de dire: «C'est fait.»
Le goulot, c'est l'alpha pis l'oméga. On commence dans la fraîcheur du matin pis on finit dans la chaleur du salon, mais au moins, on meurt pas de soif en regardant un verre vide.
Pis là, c’est le drame. Le vide. L’abîme en plastique.
Tu renverses la bouteille au maximum, le cou cassé vers l’arrière, les yeux fixés sur le fond comme si tu cherchais le sens de la vie dans le recyclage. Tu la vois, la maudite: la dernière goutte. Elle est là, accrochée à la paroi comme un alpiniste au bord d’une falaise, une petite perle de rien du tout qui refuse de se laisser aller. C’est la goutte orpheline, celle qui a décidé de te faire la vie dure.
Mon cerveau des bons jours appellerait ça «l’insoutenable réticence du fluide». Mon pas pantoute oncle Boucar te dirait que «même la pluie la plus têtue finit par mouiller la terre». Mais toi, drette là, tu te sens juste comme un as de pique qui secoue sa bouteille en faisant un bruit de maracas dans le vide.
Tu donnes des petits coups secs dans le fond en espérant que la gravité fasse sa job. C’est le combat ultime entre l’homme pis la physique. C’est pathétique pis magnifique en même temps. Et quand elle finit par lâcher prise, qu’elle te tombe sur la langue comme une larme de victoire, tu réalises que le bonheur, c’est pas l’océan au complet: c’est juste d’avoir eu le dernier mot sur la bouteille.
Tu la lances dans le bac bleu avec le sentiment du devoir accompli. T’es un guerrier du goulot. T’es libre.
Tu la lances dans le bac bleu avec le sentiment du devoir accompli. T’es un guerrier du goulot. T’es libre.



Commentaires
Publier un commentaire