L’hebdo du bonheur: L’ascèse du frimas
L’aurore de 2026 est une hostie de givre déposée sur la langue du monde. Il existe une noblesse inouïe dans ce froid de canard qui nous fige dans une posture de statue de sel. Je contemple mon thermomètre avec la ferveur d'une mystique devant un reliquaire: voir le mercure s’effondrer ainsi, c’est assister à la déroute de la matière. C’est une réduction ontologique de l’être à son simple frisson. On ne vit plus, on palpite dans un cocon de laine bouillie, en attendant que le destin nous décongèle.
Le choc thermique (Version moé)
Heille, toi là Mme Bonheur, tu parles bien, mais là, faut qu'on jase. On n'est plus dans l'ontologie, on est dans le frette noir. Un froid qui te rentre dans les os comme un huissier qui veut saisir tes meubles.
C’est pas compliqué, j’ai sorti le chien à matin pis j’ai vu un écureuil se crisser en feu pour essayer de se réchauffer. Notre char fait un bruit de mélangeur qui broie des roches quand le chum le part, pis j’ai tellement de couches de linge sur moi que pour aller aux toilettes, faut que je commence à me déshabiller quarante-cinq minutes d'avance. C’est un sport extrême, 2026.
Le best of de la slush et du givre
Pour ce qui est du bonheur quotidien, on repassera pour le glamour. Côté look, on oublie la distinction: on porte tous la grosse doudoune informe qui te donne l'air d'un sac de patates de 50 livres, avec une tuque enfoncée jusqu'aux gencives. La petite marche de santé? C’est plutôt un sprint de survie entre deux bancs de neige, en essayant de pas se fendre le crâne sur une plaque de glace noire. Pis pour se remonter le moral, on ne boit pas de l'élixir de rose, on s'enfile un gros café de station-service tellement chaud qu'il te décape l'œsophage, ou une soupe aux pois qui tient au corps comme du ciment Portland. C’est ça, la vraie poésie: survivre au mois de janvier sans perdre un orteil.«Le bonheur, c'est quand tu réalises que t'as encore du lave-glace -45°C dans ton coffre pis que ton calorifère fait pas de bruit de clic-clic bizarre au milieu de la nuit.»



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